"you change?" demande le proviseur à l'élève de 1ère professionnelle. "OK", répond celui-ci. Le contrat est prêt: moins d'absence dans la classe, plus d'argent dans la cagnotte de cette même classe. Proviseur-élèves, le contrat a été signé. Reste plus qu'à étendre la formule et le tour est joué : plus de problème d'absentéisme dans les établissements scolaires de France. L'éducation business est en marche ...
A l’époque florissante de la coopération française, afin d'obtenir la présence maximale de personnes lors d’une manifestation organisée par l’Ambassade de France, certains chefs de projet n’hésitaient pas à faire passer le message précisant que chaque participant se verrait attribuer un tee-shirt « cadeau ».
Compte tenu du niveau socioéconomique à Bamako, Dakar, Bangui ou Tananarive, les marmailles accouraient par centaines et l’Ambassadeur était aux anges, persuadé qu’ils étaient tous là pour soutenir le projet et donc remercier la France.
Cette vieille habitude qui consiste à donner à ceux d’en-bas quelques peccadilles pour obtenir d’eux ce que l’on veut remonte à la nuit des temps. Elle marche encore en politique comme elle peut marcher au sein d’une famille : - si tu votes pour moi, je trouverai un emploi pour ton fils ; - si tu travailles bien à l’école, tu pourras sortir avec tes amis samedi soir. On appelle ça classiquement le « donnant-donnant ».
Le capitalisme s’est construit sur ce processus typiquement animal : si tu me donnes la patte, je te donne un « susucre » ! Très facile à mettre en place chez le jeune chien, le petit de l’homme passe parfois par ce même processus lorsque les parents veulent obtenir plus de propreté, de tranquillité, de travail à l’école.
Cependant, il existe une grande différence que certains ont vite fait d’oublier : la finalité de l’acte. Le tee-shirt, les trois euros, le « susucre » ont pour objectif principal de maintenir l’assujettissement de l’individu ou de la population : dans ce cas, cela peut être synonyme de dépendance, domestication, domination, esclavage, occupation, servitude, subordination, … Dans le monde de l’éducation par contre, qu’elle soit scolaire ou familiale, l’objectif est de faire grandir l’enfant ou l’élève vers plus d’autonomie, de responsabilité afin qu’il devienne lui-même citoyen, maître d’œuvre de son propre avenir. Dans ce cas, le troc passe par plus de connaissances et, pour ce faire, davantage de compréhension et d’implication dans le processus censées le faire grandir.
Le système scolaire français, eu égard aux difficultés sociétales dans lequel il baigne, a besoin d’être particulièrement soutenu en ce qui concerne la présence d’adultes : les classes de trente d’aujourd’hui ne sont plus les classes de trente des années soixante ; la violence, la consommation, la famille, les projets futurs, les loisirs ont profondément changés et nécessitent, de ce fait, des réponses adaptées. Cependant, si l’on veut rester dans le règne de l’homo-sapiens et non pas redescendre dans celui de l’animalité, ces réponses doivent impérativement dépasser le stade du « susucre ». Or, vouloir régler un problème d’absentéisme par l’octroi d’une cagnotte au niveau d’une classe de lycée professionnel, c’est se rabaisser à considérer l’éducation de l’homme comme un « donnant-donnant » de type Pavlovien.
Et pour un professeur ou une société, c’est quelque part mourir un peu …




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