Annoncer de faux chiffres, balancer des milliards à droite ou à gauche et à présent inventer des "concepts" vides de sens : que ne ferait-on pas pour sauver un système. Dans les pays en difficultés, on parle d'économie parallèle, informelle. Pour masquer le chômage, qui va partir crescendo, la France, elle, a inventé une nouvelle formule: l'auto-emploi !!!!!
Ce matin, je me suis réveillé, émerveillé, tout heureux d’avoir enfin trouver la solution à mes problèmes. Plus la peine de chercher du travail, je vais m’auto-employer. Jusqu’à présent, je travaillais dans le bâtiment et le boulot ne manquait pas, jusqu’au jour où le patron nous a prévenu :
- « Il n’y a presque plus de projets de construction dans le département. On nous dit que c’est dû à la crise et qu’il faudra attendre un certain temps pour une éventuelle relance. En attendant, je ne peux plus vous garder. Inscrivez-vous au chômage ».
Avec mon diplôme en poche et mon expérience dans le métier, j’ai fait toutes les agences, écrit dans les journaux, demandé à droite à gauche. Rien en vue ; que des promesses.
Puis je suis tombé par hasard sur cet article résumant des propositions sérieuses du gouvernement, indiquant qu’il était possible de s’auto-employer. Que n’avais-je pas pensé plus tôt à une telle sortie : le matin, je me lève et je fais mon propre auto-déjeuner. Après un rapide auto-habillage, j’auto-conduis ma voiture pour auto-acheter ma baguette de pain. Une fois auto-lues les annonces du journal, je vais auto-chercher ma fillette à l’école dans la mesure où sa mère est coincée au travail. L’après-midi, je me suis auto-renseigner sur une éventuelle création d’entreprise. On m’a répondu qu’elles étaient en train de mettre les clefs sous la porte et que ce n’était pas la peine d’en rajouter une de plus. Alors, je me suis auto-engueulé d’être tombé dans le piège de l’auto-emploi.
Pour me remonter le moral, je suis passé voir mon grand-oncle. Calmement, il m’a expliqué que la crise actuelle avait bon dos et que les politiques, à ce sujet, étaient loin de dire la vérité. Le système financier mondial est arrivé au bout de ses contradictions : actions et profits maximum pour ceux qui travaillent moins que celui qui se trouve au « charbon » matin et soir. Il arrive un moment où la machine s’enraille. Pour sauver le système à tout prix, les états investissent des milliards dans les secteurs-clefs comme les banques et l’automobile. Rien n’y fait car le système est vicié de l’intérieur.
A partir de là, de retour à la maison, je me suis auto-versé un apéro en attendant que mon auto-patron me règle les frais du jour. J’ai retourné les poches de mon pantalon ; avec les douze euros récupérés je me suis auto-payé un salaire et c’est ainsi que j’ai pu remettre une partie à ma fille pour le paiement de son repas de demain à la cantine. Pour celui d’après-demain? Je retournerai voir mon grand-oncle afin qu’il m’explique quel peut être l’avenir d’un système vicié de l’intérieur lorsqu’il arrive à la limite du supportable: il implose, ou il explose ?




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