Caché derrière la mondialisation, renforcé probablement par la crise, le communautarisme se propage. Chacun y va de son repli sur soi: "ma communauté a besoin de se ressourcer, de se replier sur le plan identitaire pour être reconnue". A partir de là, notre planète censée devenir un seul grand et unique village se transforme progressivement en une ribambelle de groupes se repliant sur eux-mêmes. Tout près de chez nous, à Maurice, sous couvert de démocratie, les candidats aux élections du 5 mai prochain ne peuvent participer que s'ils ont, auparavant, précisé officiellement leur communauté d'origine. Choisir quelqu'un parce qu'il est Juif, Tamoul, Kaf, Créole, Zarab, ... c'est déjà la porte ouverte au racisme. Or, l'Homme est Un, et s'il est multiple c'est parce que les gènes dans la nature sont divers et variés: c'est le cas des roses, des étoiles, des chats et de l'espèce humaine. A quand une communauté "Homo Sapiens" ?
Quelque part entre l’Afrique du Sud et l’Afrique de l’Est, l’australopithèque dressé sur ses pattes arrière a osé s’aventurer dans la savane. 10 millions d’années, 2 millions d’années, puis 100.000 ans et l’homo sapiens a commencé sa conquête du monde.
Nous sommes tous des fils d’Africains et la couleur de la peau n’a rien à voir avec ce constat. A partir de là, s’approprier ses racines ne doit pas s’inscrire dans l’invention de pratique dite traditionnelle en plagiant, par exemple, la capoëira brésilienne et la réglementation de la lutte africaine pour en faire un « moringue réunionnais ».
L’apport de l’Afrique est bien plus important, voire essentiel pour les origines et le devenir de l’humanité, que ce petit mensonge historique. Et c’est peut-être pour cela que cinquante ans après les Indépendances, la plupart des anciennes colonies rechignent à défiler auprès des troupes françaises : l’année de l’Afrique, ah bon !En effet, les populations de « là-bas » ne comprendraient pas pourquoi leur pays n’a pas encore décollé. La faute à qui ? Aux anciens colons ? Aux dirigeants corrompus ? Au climat ? Au pas de chance ?
Ce continent, berceau de l’humanité, n’arrête pas de souffrir et au moment où les pays riches s’enfoncent dans une crise interminable, au moment où les pays émergents s’enrichissent sur le dos de millions de paysans et démunis de chez eux, le communautarisme se propage insidieusement tel un cancer sociétal.
En France, c’est l’affaire de la Burqa, à l’île Maurice c’est l’interdiction faite aux candidats à la députation de s’inscrire s’ils ne précisent pas à quelle communauté ils appartiennent, en Italie c’est le Nord qui rejette le Sud, tout comme en Belgique, les Flamands repoussant les Wallons, etc. L’économie mondiale arrive au bout de ses contradictions : beaucoup de riches d’un côté, trop de pauvres de l’autre. Des gens de plus en plus instruits, refusant les conflits et les guerres inter-nations, l’équilibre est à présent rompu et l’humanité va se trouver dans l’obligation de réinventer un autre type de fonctionnement économique et « civilisationnel ». Si ce n’est pas le cas, notre écosystème, fragile, va rapidement en subir les conséquences. Or, il est un endroit du monde où tout à commencer. Il est un endroit du monde où la sagesse est considérée comme supérieure au pouvoir : l’Afrique nous aidera-t-elle à sortir de ce mauvais pas ? Sûrement pas dans le repli sur soi, le repli identitaire qui valorise la peur plutôt que la fraternité planétaire. Il y a dix millions d’années, la poignée d’australopithèques qui s’est mise debout était un groupe de frères et sœurs, … ni plus, ni moins …