Le besoin d'identité est tellement fort que parfois certaines pratiques sont réinventées, détournées afin de les inscrire à tout prix dans le patrimoine culturel local. Rien de grave, si ce n'est que cela peut avoir des conséquences dans le domaine de l'histoire de notre île: les marmailles, futurs citoyens de demain, risquent d'accepter alors ces mêmes "histoires" sans aucune remise en question. Et quelque part, c'est mentir un peu/beaucoup aux futures générations !
S’approprier la culture des autres, la mélanger à la sienne, l’embellir pour la transformer ailleurs, dans un autre lieu et un autre temps, telle a été l’évolution des sociétés humaines tout au long de ces 100.000 ans de sapience. De la vallée du grand rift africain en passant par l’Egypte, la Grèce puis tous les continents, les différentes manières de vivre, de comprendre et de mourir ont fait naître des civilisations plus ou moins intéressantes pour le développement de l’humanité.
Les îles clairsemées dans les Océans planétaires, une fois colonisés, n’ont pas échappé à la règle et les histoires des uns et des autres se sont tantôt ignorées, tantôt entrelacées. La conquête d’un territoire nouveau, l’esclavage, le métissage, les révoltes et le besoin de vivre ensemble ont forgé au fil du temps des sociétés insulaires polynésiennes, antillaises, indiaocéaniques, …
Or, cette insularité et la diversité des personnes ont profondément modelé le type de réflexion menée par les individus dans chacune des îles. Le paganisme des uns, l’animisme des autres, le christianisme des colons, le monothéisme impérieux, le doute des petites gens ont bien sûr façonné les mentalités ; ce qui permet de différencier, entre autres, aujourd’hui un Mauricien, d’un Rodriguais, un Seychellois, d’un Réunionnais. Mais ceci permet d’affirmer également qu’il existe des domaines bien au-dessus des manières de pensée propres à tel ou tel endroit du monde : les mathématiques, la sociologie, la physique, la chimie, l’anthropologie, la philosophie, la biologie, …. sont des matières d’enseignement, d’approfondissement, objet de recherches multiples et variées. Ce qui les unit, c’est qu’elles sont produites, créées, imaginées par les hommes ; s’appuyant sur des démarches privilégiant l’incertitude, elles se veulent universelles. A
ussi, parler de « boucle récursive » à propos de métissage et de « dedans et dehors » à propos de marronnage, c’est quelque part brouiller les pistes du jeune élève de Terminale qui se satisferait d’une approche dialogique entre le petit tout (notre île) et le grand rien (notre océan) pour mieux comprendre la complexité du monde dans lequel nous vivons. A partir de là, s’agirait-il d’inventer, à l’image du « moringue réunionnais », entièrement plagié d’une part sur la gestuelle de la capoëra brésilienne et, d’autre part, sur l’organisation traditionnelle de la lutte africaine, une nouvelle discipline censée garnir les rayons de la future étagère « Sciences Humaines » de la Maison des Civilisations.
Si tel est le cas, il faut s’attendre à voir prochainement sur nos écrans de télévision deux gramounes affublés des prénoms d’Aristote et de Socrate, parler de dialectique, de sophistique et/ou de métaphysique « lontan » !! Edgar Morin, un des plus grands philosophes français, a toujours combattu le communautarisme et il serait malvenu d’utiliser son nom pour introduire de l’ethnocentrisme identitaire dans le domaine de la philosophie à la Réunion.




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